West Nile : vacciner ou pas ?

31/03/2025

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Bonne nouvelle, le printemps est de retour, mauvaise nouvelle les moustiques aussi… Alors faisons le point sur ce virus West Nile et sur l’intérêt de la vaccination chez les équidés.

Le virus West Nile (WNV) est un virus neurotrope originaire d’Afrique et maintenu dans un cycle naturel impliquant les oiseaux comme hôtes réservoirs et/ou amplificateurs et les moustiques du genre Culex. Bien qu’une centaine d’espèces vertébrées puissent être infectées par le WNV (mise en évidence par la présence d’anticorps), elles ne participent pas au cycle de transmission du virus. Elles sont considérées comme des culs-de-sac épidémiologiques. Le virus est d’importance en santé publique puisqu’une transmission interhumaine est possible via le don de sang et le don d’organes. La circulation virale est à mettre en corrélation avec la période d’activité des moustiques qui s’étend de mai à novembre.

Seuls l’Homme et les équidés développent des signes cliniques et certaines espèces aviaires peuvent en décéder. Selon un focus réalisé par la commission épidémiologique de l’AVEF en collaboration avec l’ANSES en 2023, « l’’infection d’un cheval par le virus West Nile reste majoritairement asymptomatique (80 % des cas d’infection). Le cheval peut présenter une fièvre modérée avec une atteinte de l’état général dans 20 % des cas. Dans 1 à 10 % des cas d’infection, des signes d’encéphalomyélite : dépression avec des phases d’hyperesthésie, ataxie, tremblements/fasciculations musculaires, parésie, paralysie pouvant aller jusqu’à la mort, sont recensées. La guérison prend généralement 8-10 jours et dans 80-90 % des cas la convalescence prendra plusieurs mois » (https://avef.fr/focus-sur-la-fievre-de-west-nile-collaboration-anses-avef/).

Le virus s’est très vite propagé à travers le monde via les flux migratoires et a été la cause d’épidémies de grande ampleur aux Etats-Unis et en Europe. En France hexagonale, le WNV a été pour la première fois décrit en 1962 en Camargue. Depuis les années 2000, il circule de manière endémique sur le pourtour méditerranéen. Un changement épidémiologique notoire a été observé en 2022 avec la notification de premiers cas équins symptomatiques autochtones en Gironde et une extension de l’aire de distribution du virus en Nouvelle Aquitaine en 2023.

En 2024, la France hexagonale a fait face à la plus forte saison de transmission depuis son introduction sur le territoire, causant 89 cas équins dont 11 décès ainsi que des cas aviaires et humains (Données LNR West Nile et Santé Publique France). La majorité des cas étaient localisés dans le sud de la France, quelques cas ont été détectés sur la face Atlantique avec la notification d’un premier cas équin en Vendée et des cas aviaires dans le département de la Vienne (Figure ci-dessous). Plusieurs souches de la lignée 2 du WNV ont circulé sur le territoire (Données LNR West Nile). Hors de nos frontières, le virus a circulé activement en Europe causant de nombreux cas (humains, équins et aviaires) en Hongrie, Grèce, Italie, Espagne, Allemagne avec des cas proches de la frontière française (source : plateforme-esa). Les DOM-TOM n’ont pas été épargnés puisque des cas équins symptomatiques ont été diagnostiqués en Guadeloupe et le virus a été décrit pour la première fois en Martinique.


Figure : Distribution des cas positifs au virus West Nile en France hexagonale (source : LNR West Nile et Santé Publique France)

À ce jour, il n’existe pas de thérapie antivirale pour traiter la maladie, seul un traitement symptomatique sera administré. Cependant, des moyens de protection peuvent être mis en place pour limiter le risque d’infection chez les équidés : éliminer les gîtes larvaires de moustiques (éviter les eaux stagnantes) et rentrer les équidés au boxe la nuit (période d’activité des moustiques du genre Culex) (Chevalier N. et al., Seroprevalence of West Nile, Usutu and Tick borne encephalitis viruses in equids from southwestern France in 2023, 2024, BMC Veterinary research, doi :10.21203/rs.3.rs-4688411/v1).

Des vaccins sont disponibles en Europe pour les équidés (cf tableau ci-dessous) . En France, le vaccin commercialisé est le Proteq West Nile® de chez Boerhinger Ingelheim. Il s’agit d’un vaccin recombinant canarypox exprimant deux protéines de structures (E et prM) du WNV permettant de réduire la durée et la sévérité des signes cliniques et par conséquent le risque de morbidité et mortalité. En effet, le taux de mortalité varie entre 30 et 50% (selon la souche) chez les chevaux développant les formes graves et dans 40% des cas d’infection aigüe, les équidés peuvent présenter des effets résiduels jusqu’à 6 mois post-infection (source : https://aaep.org/resource/west-nile-virus-vaccination-guidelines/). La primo-vaccination avec Proteq West Nile® consiste en l’injection de 2 doses à un intervalle de 4 à 6 semaines. La durée d’immunité est de 1 an, un rappel annuel est donc nécessaire.

L’immunisation est active 4 semaines après la seconde injection de primo-vaccination. C’est pourquoi, il est conseillé de vacciner au printemps les équidés en amont de la saison de transmission leur permettant d’avoir des taux d’anticorps considérables au moment de la saison. Il est possible de réaliser, en amont d’une vaccination, un dépistage sérologique au Laboratoire National de Référence pour le West Nile (LNR West Nile) afin de 1/ déterminer si l’équidé a été infecté naturellement au cours de sa vie et 2/ d’évaluer le titre en anticorps neutralisants (coût approximatif 46 euros HT). Le laboratoire donne un avis sur l'intérêt ou non de la vaccination selon le titrage. Un suivi annuel montre pour certains individus une stabilité des taux d'anticorps circulants, pour d'autres une décroissance.

Tableau_Vaccins_WNVC6
Tableau récapitulatif des vaccins existants

Focus réglementaire :
La maladie est à notification obligatoire auprès de la Commission Européenne chez l’Homme et les équidés depuis 2009 et chez les oiseaux depuis 2021. Suite à la mise en application de la Loi Santé Animale en avril 2021, la fièvre de West Nile est passée du statut de maladie de première catégorie à une maladie de type E à déclaration obligatoire (RE2016/429). En France, la surveillance en santé animale repose sur système passif où seuls les cas syndromiques sont investigués et déclarés auprès de la DGAL (IT DGAL/SDSPA/2015-746). En cas de suspicion West Nile, il faut donc les notifier auprès de la DD(ETS)PP du département du cas et de réaliser le prélèvement nécessaire (prise de sang sur tube sec) à envoyer à un laboratoire agréé pour le diagnostic WNV (Labéo, LVD Hérault, Gard, Bouches-du-Rhône et CIRAD Guadeloupe) ou directement au LNR West Nile. Pour faciliter la transmission d’informations, un commémoratif doit accompagner le prélèvement et contenir les informations suivantes : Nom de l’équidé, N°SIRE, Date de début des symptômes, signes cliniques observés, lieu de stationnement, déplacements réalisés au cours du dernier mois, vaccination WNV.

Pourquoi est-ce important de déclarer un équidé ? Les équidés sont des hôtes sentinelles pour la surveillance West Nile. La notification d’un cas équin est relayée en santé publique.
Quelles sont les conséquences pour un équidé déclaré ? Aucune, les équidés sont des culs-de-sac épidémiologiques, ils ne participent pas à la propagation du virus. Aucune restriction de déplacement ni de mise en quarantaine de l’écurie n'est nécessaire.

Focus diagnostic :

Le diagnostic de certitude repose sur une sérologie ELISA avec la détection des anticorps de type IgM et IgG.

La détection du génome viral par RT-PCR n’a que peu d’intérêt dans l’examen ante-mortem car le virus se concentre principalement dans le cerveau de l’animal infecté symptomatique, la virémie étant fugace et en amont de l’apparition des signes cliniques.

A noter : à ce jour on ne peut pas différencier un animal vacciné d’un animal contaminé. Des projets de recherche sont en cours à ce sujet.

L’AVEF remercie infiniment Camille Migné, experte du RESPE, Chargée de projets en virologie, PhD et Responsable adjointe du LNR West Nile de l'ANSES pour sa collaboration essentielle à cet article.