Le virus West Nile, une menace désormais nationale
31/03/2026
Non classé - Pratique - Webinaire
Avec l’arrivée du printemps, il est temps de remettre le virus West Nile (WNV) sous les projecteurs. Après une saison 2025 particulièrement marquante, ce virus saisonnier s’apprête à faire son retour d’ici la saison estivale 2026.
Comment protéger efficacement les équidés ? La vaccination reste la meilleure alliée.
À l’approche de la saison de transmission, nous vous proposons donc un article dédié pour faire le point sur la saison passée et vous aider à anticiper au mieux les mesures de protection.
Pour rappel, le WNV est un virus neurotrope originaire d’Afrique et maintenu dans un cycle naturel impliquant les oiseaux comme hôtes réservoirs et/ou amplificateurs et les moustiques du genre Culex. Bien qu’une centaine d’espèces vertébrées puissent être infectées par le WNV (mise en évidence par la présence d’anticorps), elles ne participent pas au cycle de transmission du virus. Elles sont considérées comme des culs-de-sac épidémiologiques. Le virus est d’importance en santé publique puisqu’une transmission interhumaine est possible via le don de sang et le don d’organes. La circulation virale est à mettre en corrélation avec la période d’activité des moustiques qui s’étend de mai à novembre.
Seuls l’Homme et les équidés développent des signes cliniques et certaines espèces aviaires peuvent en décéder. Selon un focus réalisé par la commission épidémiologique de l’AVEF en collaboration avec l’ANSES en 2023, « l’’infection d’un cheval par le virus West Nile reste majoritairement asymptomatique (80 % des cas d’infection). Le cheval peut présenter une fièvre modérée avec une atteinte de l’état général dans 20 % des cas. Dans 1 à 10 % des cas d’infection, des signes d’encéphalomyélite : dépression avec des phases d’hyperesthésie, ataxie, tremblements/fasciculations musculaires, parésie, paralysie pouvant aller jusqu’à la mort, sont recensées. La guérison prend généralement 8-10 jours et dans 80-90 % des cas la convalescence prendra plusieurs mois » [1].
Le virus s’est très vite propagé à travers le monde via les flux migratoires et a été la cause d’épidémies de grande ampleur aux Etats-Unis et en Europe. En France hexagonale, le WNV a été pour la première fois décrit en 1962 en Camargue. Depuis les années 2000, il circule de manière endémique sur le pourtour méditerranéen. Un changement épidémiologique notoire a été observé en 2022 avec la notification de premiers cas équins symptomatiques autochtones en Gironde et une extension de l’aire de distribution du virus en Nouvelle Aquitaine en 2023. En 2024, le virus a été responsable du plus grand nombre de cas équins jamais enregistrés en France, avec un total de 89 cas. Cette hausse est notamment liée à la forte circulation de la lignée 2 du virus, particulièrement dans le sud du pays [2].
La saison de transmission 2025 a été particulièrement marquante, puisque le virus a été détecté dans trois nouvelles régions. En effet, un total de 66 cas équins ont été diagnostiqués, répartis dans 14 départements : les Bouches-du-Rhône (26 cas), le Var (3 cas), le Vaucluse (3 cas), Haute-Corse (1 cas), le Gard (12 cas), l’Hérault (10 cas), le Tarn (1 cas), la Haute-Garonne (1 cas), la Gironde (1 cas), le Loiret (1 cas), les Yvelines (3 cas), Paris (2 cas), le Val-de-Marne (1 cas) et l’Oise (1 cas) (figure 1). En l’état actuel des connaissances, au moins 12 chevaux en sont décédés. Cette année-là, la France a également enregistré un triste record de cas humains, avec 62 cas (source : Santé publique France). Des cas aviaires en Ile-de-France et PACA ont aussi été détectés. Comme pour l’année précédente, deux souches de lignées 2 de WNV ont été identifiées. Le séquençage des génomes a montré que la souche circulant en Île-de-France est apparentée à celle identifiée en Nouvelle-Aquitaine en 2023. De son côté, la souche détectée dans les Bouches-du-Rhône est proche de celle qui circulait dans la région en 2024, laquelle présente également une parenté avec des souches italiennes [2].

Figure : Distribution des cas d’infection avérés au virus West Nile en France hexagonale (source : LNR West Nile et Santé Publique France)
Des vaccins destinés aux équidés sont disponibles en Europe. En France, trois vaccins ont une AMM : le Proteq West Nile® (Boehringer Ingelheim), l'Equip WNV® (Zoetis), l'Equilis West Nile® (MSD). Le vaccin permet de réduire la durée et la sévérité des signes cliniques et par conséquent le risque de morbidité et mortalité. En effet, le taux de mortalité varie entre 30 et 50% (selon la souche virale) chez les chevaux développant les formes graves. De plus, dans 40% des cas d’infection aigüe, les équidés peuvent présenter des séquelles jusqu’à 6 mois post-infection [4].
L’immunisation est effective quelques semaines après la seconde injection de primo-vaccination. C’est pourquoi, il est conseillé de vacciner les équidés au printemps avant le début de la saison de transmission leur permettant d’avoir des taux d’anticorps suffisants au moment de la saison. Par ailleurs, il est possible de réaliser un dépistage sérologique, avant la vaccination, au Laboratoire National de Référence pour le West Nile (LNR West Nile) afin de 1/ déterminer si l’équidé a été infecté naturellement au cours de sa vie et 2/ d’évaluer le titre en anticorps neutralisants.
Focus réglementaire :
La maladie est à notification obligatoire auprès de la Commission Européenne chez l’Homme et les équidés depuis 2009 et chez les oiseaux depuis 2021. Suite à la mise en application de la Loi Santé Animale en avril 2021, la fièvre de West Nile est passée du statut de maladie de première catégorie à une maladie de type E à déclaration obligatoire (RE2016/429).
En France, la surveillance en santé animale repose sur système passif où seuls les cas syndromiques sont investigués et déclarés auprès de la DGAL (IT DGAL/SDSPA/2015-746). En cas de suspicion d’infection par le WNV, celle-ci doit être signalée à la DD(ETS)PP du département concerné et un prélèvement sanguin (sur tube sec) doit être réalisé. Celui-ci est ensuite adressé à un laboratoire agréé pour le diagnostic WNV (Labéo, Laboratoire Vétérinaire Départemental de l’Hérault, du Gard, des Bouches-du-Rhône, ou le CIRAD en Guadeloupe), ou directement au LNR West Nile.
Afin de faciliter la transmission des informations, un document récapitulatif doit accompagner le prélèvement et comporter les éléments suivants : Nom de l’équidé, N°SIRE, Date de début des symptômes, signes cliniques observés, traitements symptomatiques administrés, lieu de stationnement, déplacements réalisés au cours du dernier mois, vaccination WNV.
Pourquoi est-ce important de déclarer un équidé ?
Les équidés sont des hôtes sentinelles pour la surveillance du virus West Nile. La notification d’un cas équin est relayée en santé publique. Le virus pouvant être transmis via les dons de sang et d’organes, sa détection chez les équidés et sa notification aux autorités sont essentielles : elles constituent un levier clé de santé publique pour sécuriser les dons et prévenir tout risque de transmission.
Quelles sont les conséquences pour un équidé déclaré ?
Aucune, les équidés sont des culs-de-sac épidémiologiques, ils ne participent pas à la propagation du virus. Aucune restriction de déplacement et de mise en quarantaine de l’écurie est nécessaire.
Focus diagnostic :
Le diagnostic de certitude repose principalement sur des analyses sérologiques de type ELISA permettant la détection des anticorps de type IgM et IgG. En revanche, la détection du génome viral par RT-PCR n’a que peu d’intérêt dans l’examen ante-mortem car le virus se concentre principalement dans le cerveau de l’animal infecté symptomatique, la virémie étant fugace et survient avant l’apparition des signes cliniques.
A noter : à ce jour, il n’est pas possible de différencier un animal vacciné d’un animal infecté. Des projets de recherche sont en cours à ce sujet. De plus, d’autres projets sont en réflexion sur l’adaptation du protocole vaccinal en fonction du statut sérologique des équidés (infection antérieure à WNV).
Webconférence :
Une webconférence IFCE/RESPE sur le virus West Nile se tiendra le 14 avril 2026. Le lien d’inscription est le suivant : https://www.ifce.fr/ifce/connaissances/webconferences/sante-et-bien-etre-animal/le-virus-west-nile-une-problematique-sanitaire-desormais-nationale/
Références :
[1] https://avef.fr/focus-sur-la-fievre-de-west-nile-collaboration-anses-avef/
[2] Klitting R, Gondard M, Pezzi L, Migné CV, Bellone R, L'Ambert G, Helle T, Mignotte A, Gutiérrez-Climente R, Lacour G, Mocq J, Ayhan N, Lucchese F, Piorkowski G, Dumarest M, Amaral R, Bollore K, Hanin J, Courot O, Hirchaud E, Beven V, Blanchard Y, Karch A, Jakerian G, Durand GA, Grard G, Herbreteau N, Duvignaud A, Gutierrez S, Aubert L, Cannet A, Parisey M, Simonin Y, Malvy D, Paty MC, Fournet N, Franke F, Laperche S, Gallian P, Failloux AB, de Lamballerie X, Fontaine A, Gonzalez G. Genomic Epidemiology of West Nile Virus in Paris. JAMA Netw Open. 2026 Feb 2;9(2):e2559588. doi: 10.1001/jamanetworkopen.2025.59588. PMID: 41697700; PMCID: PMC12910402.
[3] Chevalier N, Migné CV, Mariteragi-Helle T, Dumarest M, De Mas M, Chevrier M, Queré E, Marcillaud-Pitel C, Lupo C, Bigeard C, Touzet T, Leblond A, Durand B, Depecker M, Gonzalez G. Seroprevalence of West Nile, Usutu and tick-borne encephalitis viruses in equids from south-western France in 2023. Vet Res. 2025 Apr 24;56(1):91. doi: 10.1186/s13567-025-01508-w. PMID: 40275349; PMCID: PMC12023385.
[4] https://aaep.org/resource/west-nile-virus-vaccination-guidelines/
Camille Migné & Gaëlle Gonzalez, Co-Responsables du Laboratoire National de Référence pour le virus West Nile ANSES, Laboratoire de Santé Animale