Uvéite ou kératite : comment faire la différence ? Par Sarah Buisson, via Webinar, lundi 17 octobre 2022

07/12/2022

AVEF Junior - AVEFjr Lyon

Sarah Buisson est Docteur vétérinaire à la clinique de Méheudin, spécialiste en ophtalmologie possédant de nombreux diplômes (CES ophtalmologie, CEAV en médecine et chirurgie des équidés).

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Quelques définitions 

La kératite est une inflammation de la cornée (appartient à la tunique fibreuse) tandis que l’uvéite est une inflammation de l’uvée sachant que l’uvée correspond à la tunique vasculaire de l’œil (iris + corps ciliaire + choroïde).

 

Dans le cas du diagnostic différentiel, on se focalisera sur la kératite non ulcérative, qui est négative au test à la fluorescéine et parfois positif au test rose Bengale.

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Les symptômes

Lors d’une kératite il y a uniquement la cornée qui est inflammée, donc à l’extérieur de l’œil tandis que l’uvéite et une inflammation à l’intérieur de l’œil.

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Les signes communs entre uvéite et kératite

L'examen ophtalmologique est à réaliser dans l'obscurité.

Dans les deux cas il y a un œdème cornéen et on voit les vaisseaux intra-cornéens.

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Les signes différents entre uvéite et kératite

Un cheval avec une kératite présente plutôt un œil grand ouvert et pas de douleur tandis que l’uvéite est plutôt douloureuse, on remarque un blépharospasme.

Lors d’une kératite on observe une inflammation intra-cornéenne, une pupille dilatée et on peut différencier les parties de l’iris. Lorsque que l’on peut observer un hypopion dans la chambre antérieure, il s’agit souvent d’une uvéite.

Il faut toujours aller voir l’œil de l’autre côté pour nous permettre de comparer les deux.

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Les signes ou les séquelles d’uvéites

Il faut toujours partir de l’extérieur vers l’intérieur de l’œil pour observer les signes d’uvéite.

Les signe ou séquelles d’uvéites sont :

  • Un œdème cornéen
  • Un effet Tyndal positif
  • Un Myosis
  • Des synéchies (dans la chambre antérieure ou postérieure)
  • Une cataracte
  • Une hyalite (inflammation de l’humeur vitrée)
  • Une chorio-rétinite
  • Une diminution de la pression intra-oculaire

En cas de kératite nous n’observons pas ces symptômes.

Pour mesurer de la pression intra-oculaire lorsque que nous avons peu de matériel nous pouvons utiliser un simple coton tige pour appuyer sur l’œil préalablement anesthésié.

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Les pièges à éviter

Il faut faire attention aux kératites épithéliales et bulleuses qui sont douloureuses contrairement aux autres kératites. Ces dernières sont douloureuses du fait que l’innervation de la cornée se trouve principalement dans l’épiderme cornéen, ainsi son inflammation est douloureuse pour le cheval.

Il faut également faire attention au « blunt trauma » qui n’est pas douloureux mais qui est tout de même une uvéite. On y retrouve les autres signes d’uvéite : myosis, fibrine, œdème cornéen.

 

Il existe également l’uvéite à médiation immune du foal, qui est un cas très fréquent et qui se traite en traitant bien évidemment l’uvéite mais surtout en traitant l’infection générale. L’uvéite dans ce cas-là est secondaire à une septicémie ou une rhodoccocose. Ce type d’uvéite ne présente pas de douleur, pas de myosis, pas de cercle périkératique, un tyndal positif et est souvent bilatéral. Il faut ainsi faire une échographie des poumons pour vérifier la présence d’inflammation via l’observation d’abcès pulmonaires.

 

Les abcès intra-cornéen présentent également tous les signes d’une uvéite mais ce n’est pas le premier problème. En effet le problème à régler en premier est la kératite infectieuse non ulcérée qui réagit négativement au test de la fluorescéine, il faut donc traiter l’infection. Pour déceler cet abcès il faut faire une échographie de l’œil et un prélèvement cornéen permettant de savoir à quel germes l’infection est due.

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Les examens complémentaires

L’échographie : est un examen de choix permettant d’observer un épaississement de la cornée, une modification de l’échogénicité des structures permettant entre autres de faire la différence entre un abcès cornéen et une uvéite.

La cytologie : est souvent utilisée lors de kératite, on prélève avec le dos d’une lame pour observer l’aspect de la cornée et de ses cellules. Lors d’abcès intra-cornéens on peut observer la présence de bactéries que l’on ne retrouve pas en cas d’uvéite.

Les prélèvements cytologiques peuvent donner suite à un prélèvement par écouvillon permettant de rechercher des Herpès virus, des bactéries et des mycoplasmes.

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L’étiologie de l’uvéite récidivante

En Europe la principale cause d’uvéite récidivante est la leptospirose à 85%.

Aux Etats-Unis on retrouve de nombreux cas dues à la génétique pour les chevaux Apaloosa.

Les chevaux gris, prédisposés aux mélanomes, peuvent présenter quant à eux des uvéites dues à une tumeur intra-oculaire.

Le diagnostic de la Leptospirose se fait par prélèvement d’humeur aqueuse préférentiellement et non par une prise de sang car cette dernière peut revenir négative malgré un cheval infecté.

Lors du prélèvement d’humeur aqueuse nous demandons une recherche d’anticorps et une PCR.

 

L’AVEFJr Lyon tient à remercier chaleureusement Docteur Sarah Buisson pour son intervention.