Gourmes et autres infections à streptocoques. Pourquoi faut-il (encore) en avoir peur ?

30/11/2025

Formation - Scientifique

Les Rencontres du RESPE ont eu lieu jeudi 27 novembre 2025 à Saumur. Après un mot d'accueil par notre confrère Jean-Roch Gaillet, Directeur de l'IFCE, le relais a été pris par le président du RESPE Jean-Marc Betsch qui a souligné l'originalité de cette journée en précisant le terme de RENCONTRES puisque que cette formation est ouverte à tous : vétérinaires, ingénieurs, éleveurs, cavaliers et socio-professionnels de la filière équine.

Le professeur émérite Jean-Luc Cadoré a introduit le sujet du jour en remontant le temps...
La gourme est connue depuis un passé lointain.
En effet déjà Solleysel déclarait que "la morve était une complication de la gourme".
Dès 1664 la gourme était considérée comme un mal nécessaire.
En 1802 Voborg réussit la transmission expérimentale de la maladie.
En 1873 Rivalta observe des Cocci.
En 1888 le terme de streptocoque gourmeux est cité par Schuetz.
Dès 1922 ont eu lieu les premières tentatives d'immunisation.
Le professeur Cadiot, dans ses cours, souligne déjà l'aspect protéiforme de la maladie.
De nombreuses descriptions du passé, nous viennent d’épizooties dans des effectifs de chevaux militaires qui durent entre 3 et 6 mois.
Certaines formes particulières comme les empyèmes des poches gutturales et l'anasarque sont décrites.
Le fondateur des Ecoles vétérinaires, Claude Bourgelat réalise la première description des poches gutturales. Celle-ci contenant un gutturolithe (chondroide).

C'est une maladie d'effectif dont l'expression clinique est variée, il peut y avoir un portage. Il est important de comprendre le mode de contamination, de savoir  la détecter et d 'apprécier la pathogénicité de la gourme, notamment au travers de modèles expérimentaux.

Les principales actions à mener sont :

  • développer la prophylaxie sanitaire,
  • améliorer la protection vaccinale,
  • promouvoir le rôle du vétérinaire sanitaire.

Enfin, il ne faut pas oublier que la gourme est une maladie des surprises et des rechutes.

Charlotte Geyl (IFCE) a décrit l'épizootie de gourme qui a atteint l'élevage de CHIGNAC entre le 15/11/23 et le 15/4/24 :

  • L'élevage d'environ 70-90 chevaux arabes et anglo-arabes, dont 20 poulinières et 50-70 poulains de 0 à 3 ans, a été contaminé après la réintroduction de 2 pouliches sans quarantaine. Quarante deux animaux sont atteints : 31 poulains et 11 adultes.
  • 75 % des chevaux atteints développent une immunité et 10% restent porteurs.
  • Cinq chevaux ont des tests PCR qui restent positifs pendant 1 mois et pour un foal, les tests de détection restent positifs pendant 2 mois, ce qui confirme que les animaux peuvent rester contagieux longtemps.
  • L'apparition d'une hyperthermie est le premier symptôme observé.
  • Les chevaux sont répartis en 3 zones : jaune, orange et rouge.
  • Des prélèvements par écouvillons naso-pharyngés sont effectués tous les 15 jours.

Malgré ces mesures, il y a des diffusions dans les zones orange et verte.

Les chevaux peuvent quitter la structure soit :

  • s'ils n'avaient pas de symptômes et si l'examen sérologique est négatif.
  • si l'examen sérologique est positif ou s’ils avaient des symptômes : si l'examen par PCR sur lavage des poches gutturales est négatif.

Le coût de l'épizootie en gestion est estimé à 21 000 euros sans compter le coût humain (très difficile pour le personnel qui a l'impression de se battre pour rien). Désormais, pour toute entrée est appliquée une quarantaine de 3 semaines ainsi que 2 examens sérologiques à 15 jours d'intervalle.

Le professeur Anne Courroucé a développé ensuite la partie biosécurité. L'objectif de la biosécurité est d'empêcher l'introduction d'agent pathogène, d'éviter la propagation au sein d'un effectif et de protéger la santé des animaux et du personnel.

Le Dr Xavier d'Ablon, membre historique du collège syndrome respiratoire aigü (SRA), nous a décrit un cas clinique de 3 poulains malades infectés par Strepto zooepidemicus, La probabilité d'avoir un résultat positif est liée très significativement à une hyperthermie et significativement à un jetage nasal.

Le Dr Marta David, praticienne hospitalière à Vet Agro Sup Lyon a présenté un cas de gourme traditionnelle sur un poulain de 1 mois. Puis, le Dr Emmie Vuillier a évoqué un cas d'un poney shetland de 15 ans qui a été hospitalisé 14 jours et a bénéficié d'un drainage chirurgical.

Le Dr Isabelle Desjardins, spécialiste en médecine interne a poursuivi avec le cas d'un pur-sang arabe de 9 ans qui a présenté de nombreuses complications : anémie et thrombopénie à médiation immune, fourbure et uvéite bilatérale, vascularite cutanée, lésion rénale aigue, myopathie (par vascularite musculaire) et tachyarythmie.

Le binôme Albertine Léon-Seck (responsable unité prévention et stratégies thérapeutiques, Labéo) et Xavier d'Ablon est revenu sur les prélèvements et les analyses.

La prise en charge thérapeutique a été décrite par Isabelle Desjardins. La maladie est auto-limitante, la mortalité est en moyenne comprise entre 1 et 10 %. Il faut donner des aliments mous, humides et appétents, faire murir les abcès, évacuer le pus par lavage ou drainage chirurgical. En cas de fièvre, il faut donner des AINS, parfois même des antibiotiques, quand l'infection prend le dessus, surtout chez les poulains et les animaux âgés.

Enfin, Dr Romain Paillot et Laurie Kevorkian (Dechra) nous ont présenté un nouveau vaccin contre la gourme qui semble plein de promesses.

Une table ronde a réuni les Drs vet. X. d'Ablon, T. Hermange, E. Bodineau et I. Desjardins.

La présidente du conseil scientifique, le Professeur Anne Courroucé, a clôturé les Rencontres du RESPE 2025.