Doit-on encore parler de bien-être animal en 2026 ?

27/02/2026

Edito - Non classé

De toute évidence, le thème du bien-être animal a envahi notre société depuis des décennies. Notre monde professionnel n'y a évidemment pas échappé mais que faire d'un tel truisme dans notre quotidien ?

En tant que vétérinaire, notre approche du bien-être animal est naturellement et viscéralement centrée sur l'animal. C'est notre plus-value, nos valeurs, notre ADN. En ça, elle complète une approche de la filière cheval qui, elle aussi et légitimement, s'est emparée du sujet.

Pour leur plus grand bien, les conditions de vie et d'usages des chevaux domestiques ont bénéficié d'avancées tantôt zootechniques, tantôt réglementaires, s'appuyant à la fois sur une prise de conscience progressive et sur des connaissances scientifiques acquises. On peut peut-être déplorer que les productions scientifiques guidant ces évolutions des mœurs soient souvent restées bloquées sur les principes fondamentaux de référentiels anciens (les cinq libertés fondamentales ont été érigées en règle en 1970).

La société civile tout entière n'est pas restée insensible. Bien sûr, cela a débouché parfois sur un usage galvaudé de l'argument BEA pour vanter les mérites de tel ou tel produit, voire sur une dérive normative constituant un frein à l'équilibre économique des structures.

A l'aire de la communication immédiate, des mouvements jusqu'au boutistes (appelés "welfaristes") en sont logiquement arrivés à remettre en cause le lien historique qui lie l'homme au cheval domestique et le cheval domestique à l'homme, et ce depuis l'antiquité et peut-être avant.

Le sujet a bien évidemment franchi les frontières et nos instances européennes tentent de trouver des positions consensuelles entre les pays contributeurs, ce qui est loin d'être évident, tant la sensibilité, la perception sociétale et les cultures peuvent être différentes selon les civilisations.

Alors, comment fait-on ?

Depuis la définition proposée par l'ANSES en 2018, le périmètre du BEA comprend trois grands domaines :

  • les besoins fondamentaux de l'animal, que l'on peut simplement rassembler dans la règle dite des 3F "Friends, Freedom and Forage",
  • la bonne santé physique et psychologique de l'animal, et là, nous vétérinaires, sommes dans notre zone de confort,
  • la prise en compte de la cognition animale !

Là est notre chemin, car qui mieux que nous sait et peut observer au quotidien les chevaux, évaluer leur état cognitif et les signes fins de son altération.

Il est intéressant de remarquer que la même démarche s'est opérée chez nos collègues de la médecine humaine pour évaluer la qualité de vie des personnes de « grand âge » dans les maisons de retraite. Le confort matériel ne fait pas tout pour la qualité de vie !

Justifions ainsi qu'on peut « utiliser » un cheval sans le maltraiter.
Avançons encore sur l'évaluation de la douleur ou plus finement de l'inconfort.
Remettons en cause les pratiques équestres empiriques et parfois délétères, tout comme certaines de nos pratiques vétérinaires, qui peuvent être remplacées, raffinées ou tout au moins réduites.
Affirmons que le BEA est d'abord un facteur majeur de la performance sportive.
Parlons de la fin de vie des chevaux.
Soyons attentifs à l'acceptation sociétale.
Abordons le sujet comme nos collègues de l'humaine, non pas sur des référentiels vieillissants et dogmatiques, mais sur une véritable démarche bio-éthique.

C'est la démarche choisie par l'AVEF.

Arrêtons de parler de Bien-être animal, parlons de Qualité de Vie.

Les chevaux nous le demandent.

Vincent BOUREAU, Docteur Vétérinaire, Vice-Président de l'AVEF, Référent Bien-être animal