Une petite mise au point sur la liste des « 71 substances essentielles »

Au premier trimestre 2007, la commission européenne a validé une liste de médicaments déclarés comme « essentiels à la santé des équidés ». Cette liste permet au vétérinaire d’utiliser en toute légalité chacune des soixante et onze substances qualifiées d’essentielles chez les chevaux même si ceux-ci ne sont pas exclus de l'abattage.

 


Aucune de ces substances ne possède de LMR, leur utilisation était jusqu’alors interdite pour toute la filière des productions animales, chevaux compris et ce depuis le 1er janvier 2000.


La gestion de la douleur et la prise en compte de la souffrance animale ont fortement influencé l’autorisation accordée par la commission européenne : plus de 40 % des 71 substances sont utilisées dans le cadre de procédures chirurgicales ou diagnostiques (comme l’acépromazine, le diazépam, la dobutamine, la guaïfénésine, la morphine, la bupivacaïne etc..) Cette autorisation donne au praticien une plus grande marge de manœuvre légale. Le fait que la majorité des chevaux non exclus de l’abattage ne soient pas élevés à cette fin et qu’ils soient davantage considérés comme des animaux de sport que de rente, a certainement pesé dans la balance.


L’emploi de ces substances doit cependant rester exceptionnel et sous la responsabilité du vétérinaire. Leur utilisation est réservée aux seuls cas où « aucun médicament avec une LMR ne produirait des résultats aussi satisfaisants en terme d’efficacité, de souffrances inutiles évitées ou de sécurité pour les personnes soignant l’animal ». Devant le manque d’études pouvant justifier l’emploi de ces médicaments, c'est l'expérience clinique des praticiens qui a servi de base à l'élaboration de cette liste. L’utilisation de ces médicaments doit bien sûr être mentionnée clairement dans le livret signalétique de l’animal.

Cette liste ‘européenne’ a cependant permis de mettre en évidence un paradoxe : parmi ces substances dites « essentielles » figurent des produits qui ne sont pas ou plus commercialisés en France. Heureusement depuis début mars 2007 un arrêté relatif aux médicaments humains de prescription restreinte (attendu depuis 2003) a enfin été publié. Cet arrêté liste les médicaments destinés à l’homme désormais accessibles aux cabinets, cliniques et centres hospitaliers vétérinaires. Parmi les substances européennes dites « essentielles », les vétérinaires français peuvent maintenant se procurer notamment : la bupivacaïne, la dobutamine, la dopamine, l’éphédrine, le fentanyl, et l’ipratropium. L’obtention de ces substances est permise en passant une commande écrite au laboratoire commercialisant le produit (et non à une pharmacie de ville ou d’un hôpital). C’est donc en toute légalité et en transparence que ces produits vont dorénavant pouvoir être utilisés par le praticien (sans pour autant que celui-ci puisse les céder directement à ses clients).

En théorie, seuls les animaux de compagnie ou de sport exclus de la consommation humaine peuvent être traités par ces médicaments. Selon la réglementation européenne, ceux figurant sur la liste des médicaments essentiels aux équidés peuvent être en théorie administrés à des chevaux non exclus de l’abattage en respectant un temps d’attente de six mois et l’inscription sur le livret d’identification. Cependant pour le moment la réglementation française n’autorise pas encore explicitement cette option.

Quelques révisions d’AMM attendues


La révision de certaines AMM devrait sans doute suivre la publication des 71 substances essentielles. Par exemple l’acépromazine (Calmivet®, Vétranquil®), la griséofulvine (Dermogine®) et la guaïfénésine (Myolaxin®) sont pour le moment formellement contre-indiquées chez les animaux destinés à la consommation humaine. Conformément aux nouvelles dispositions, ces médicaments sont maintenant utilisables dans la mesure où un temps d’attente de 6 mois est respecté.
Et contrairement à ce qui est écrit dans leur notice, il est légalement possible d’utiliser le ceftiofur (Excenel®) et la détomidine (Domosedan®) dont les LMR ont été fixées pour les chevaux.

Enfin pour tous les produits non commercialisés en France, le seul recours possible du praticien est de tenter une procédure d’importation ....qui nécessite de connaître au préalable le propriétaire de l’animal (cf la lettre de l’AVEF du mois de juin 2006).

Isabelle Lussot-Kervern
Responsable de la commission thérapeutique
Eric Vandaële- Auzalide Santé animale,

L’ensemble des substances figurant sur ces listes sont disponibles sur le site de l’Avef sous la rubrique "Téléchargements" catégorie "Commissions"

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