Le déjeuner-débat de la commission Médecine sportive et endurance a rassemblé une dizaine de participants. Certains inscrits n’ont malheureusement pas pu y participer. Vous trouverez ci-dessous le résumé de nos discussions.
Les sujets abordés ont tourné autour de la gestion du cheval d’endurance en course et à l’entraînement.

Le cas d’un cheval de 6 ans systématiquement éliminé pour non-récupération sur les épreuves de 60 km a été présenté. Après un test d’effort sur piste, les CK montent à 6.000 UI/l. Quels examens pratiquer ?
Il existe de nombreuses causes pouvant cette intolérance à l’effort. Il peut s’agir d’un problème lié soit au cheval – problème cardiaque, affection respiratoire subclinique, trouble locomoteur… - soit à une mauvaise gestion du cheval – entraînement ou alimentation inadaptés, cavalier inexpérimenté...
Dans le cas présenté ici, le cheval appartient à une écurie où il y a d’autres chevaux d’endurance performants ; on peut donc à priori écarter l’hypothèse d’une mauvaise gestion. On pourra effectuer un bilan locomoteur, équiper le cheval d’un ECG portable lors du test d’effort, réaliser un examen respiratoire complet (incluant lavage trachéal et broncho-alvéolaire).

Que faire pour les chevaux qui galopent toujours sur le même pied ?
Il faut essayer de trouver la cause : trouble locomoteur, asymétrie physiologique plus ou moins renforcée par le travail… Si nécessaire, on traitera les éventuels troubles locomoteurs. A l’entraînement, on essaiera de faire travailler le cheval aux 2 mains. En course, on évitera de le contrarier. On profitera de l’intersaison pour rééduquer le cheval à galoper aux 2 mains par du travail sur le plat en manège ou en carrière.

Quelle est l’utilité des « réhydratants » en course ?
Le terme de réhydratants est souvent trompeur car le plus souvent ils ne contiennent que des électrolytes et pas l’eau qui est la base de la réhydratation.
Les seringues d’électrolytes peuvent avoir des effets néfastes en course : anorexie, refus de boisson, irritation de l’œsophage et de l’estomac, diarrhée… Il faut bien avoir conscience que les pertes hydro-électrolytiques en course sont telles que quoi qu’on apporte, on ne comblera pas tout le déficit hydro-électrolytique. Le cheval va puiser dans ses réserves et récupérera après la course. On s’aperçoit ainsi que des chevaux peuvent perdre 20 à 40 kg en course, mais que 12h après la fin de la course, ils ont presque tout récupéré. C’est par un entraînement adapté que le cheval constituera des réserves hydro-électrolytiques qui lui serviront le jour de la course.

Comment faire avec un cheval qui ne veut pas boire et manger en course ; cas d’un cheval de nationale de 8-9 ans arrivé dans une écurie cette année.
C’est à la maison et sur les petites courses que cela se prépare. Il faut que le cheval apprenne à boire et manger quand on lui présente un seau sans se poser de questions. Donner la nourriture et l’eau toujours dans le même seau à la maison et utiliser les mêmes seaux en course peut aider. Sortir le cheval sur des petites courses (40 ou 60 km) où il ne se fera pas mal et sera moins stressé (transport court, arrivée le matin et retour à la maison le soir, vitesse limitée, pas de départ en groupe…) et lui proposer à boire et à manger aux points d’assistance et entre les boucles, même si sur une petite course il n’en a pas vraiment besoin, mais pour qu’il s’habitue.

Quels sont les critères de récupération à l’entraînement et en course ?
Ils sont encore assez mal connus. Un travail de recherche mené en collaboration avec l’ENVA, l’ENESAD de Dijon, l’Université de Liège et le Centre Européen du Cheval de Mont le Soie a pour objectif d’apporter des éléments fiables permettant de répondre à cette problématique. Sur le plan sanguin, l’entraînement provoque chez le cheval d’endurance les mêmes modifications que celle observées chez le marathonien humain : hémodilution avec baisse de l’hématocrite et du taux d’hémoglobine et augmentation de l’urémie (rôle de l’urée pour le maintien de la pression osmotique sanguine). Après la course, on observe des modifications majeures de la numération-formule (leucocytose neutrophilique associée au stress), des signes de déshydratation (augmentation des protéines totales et de l’urémie) et de fatigue musculaire (augmentation des CK, SGOT et LDH). Selon la durée de vie de ces molécules, les valeurs sanguines reviennent à la normale dans les heures ou les jours suivant la course si le cheval récupère correctement.

A aussi été évoqué le problème des traitements post-course et la nécessité d’informer les confrères qui ne sont que très ponctuellement confrontés à la discipline. Une piste de travail pour les mois à venir : faire un guide des bonnes pratiques de soins en endurance ?

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