La chimiothérapie intratumorale s’est imposée au cours des deux dernières décennies comme l’un des traitements les plus efficaces des tumeurs cutanées des équidés et notamment des sarcoïdes.

Elle s’associe très favorablement à la chirurgie réductrice qui, employée seule, s’accompagne d’un taux de récidives important. La principale molécule anticancéreuse utilisée en médecine équine est le cisplatine sous diverses formes de délivrance (émulsion avec huile de sésame ou électrochimiothérapie).

L’utilisation de cette(s) molécule(s) se faisait selon le principe de la cascade mais n’était pas exempte de risques notamment cancérigène et mutagène pour l’ensemble des acteurs de la chaîne de soins. Malgré ces risques, le cisplatine et autres molécules sont restées longtemps accessible aux vétérinaires. En 2004, de nombreuses spécialités ont été classées par les pouvoirs publics dans la liste des médicaments à prescription restreinte (en prescription hospitalière ou par spécialiste généralement). Les vétérinaires ont été alors privés d'accès à ces molécules fréquemment employés en chimiothérapie mais ont continué (pour certains) à s’approvisionner selon des canaux autres que la distribution légale et contrôlée.

Les pouvoirs publics ont initié sous l’égide du Conseil National de l’Ordre une réflexion ayant abouti récemment à la parution de l’arrêté du 18 juin 2009 relatif aux bonnes pratiques d’emploi des médicaments anticancéreux en médecine vétérinaire paru au Journal Officiel du 20 juin 2009. Cet arrêté écrit en concertation entre les pouvoirs publics et la profession, prône la mise en place d’un « Guide des bonnes pratiques » qui définit les médicaments concernés, les acteurs qui réalisent et administrent ces préparations, les espèces animales destinataires, les structures concernées, les locaux et le matériel nécessaires, les conditions de stockage, de préparation, d’administration et la gestion des déchets ainsi que le « système qualité » à mettre en place autour de cette pratique. Il vise ainsi dans un souci de protection de la santé publique à « maîtriser la toxicité des médicaments anticancéreux vis-à-vis des manipulateurs et de l’entourage des animaux, de façon à garantir une sécurité optimale des personnes et à protéger l’environnement lors de l’élimination des déchets contaminés par ces médicaments anticancéreux ». Des fiches techniques doivent être également publiées sous peu. Elles abordent dans le détail toutes les procédures à mettre en place afin de faciliter pour le praticien la mise en conformité avec cette nouvelle règlementation.

Le guide des bonnes pratiques est qualifié d’opposable ce qui signifie que tout contrevenant peut faire l’objet de sanctions. Ces « bonne pratiques » seront soumises à évaluation dans un délai de trois ans.

Suite à la parution de cet arrêté qui apporte la preuve du sens des responsabilités du monde vétérinaire il devenait évident que le vétérinaire devait pouvoir accéder dans la plus grande transparence et légalité à diverse molécules anticancéreuses.

Les pouvoirs publics ont comblé cette dernière lacune par la publication de l’'arrêté du 29 octobre 2009 relatif aux médicaments à usage humain classés dans l'une des catégories de prescription restreinte pour l'application de l'article R. 5141-122 du code de la santé publique. Cet arrêté introduit une nouvelle liste de médicaments accessibles aux vétérinaires selon le principe de la cascade, parmi laquelle figurent 10 molécules anticancéreuses dont le cisplatine. Moins de 5 ans après la modification du régime de la prescription restreinte par le ministère chargé de la santé, les vétérinaires accèdent donc de nouveau, dans un cadre plus sécurisé que par le passé, à un large éventail de possibilités thérapeutiques médicales concernant les cancers touchants les équidés, hors filière alimentaire et les animaux de compagnie.

Dans un souci d’actualité et d’information une session d’oncologie cutanée a déjà été incluse dans le programme scientifique des dernières journées annuelles de l’AVEF à Deauville le 24 octobre dernier. Y ont participé comme orateurs invités : le Pr Derek Knottenbelt de la Faculté vétérinaire de Liverpool (Tumeurs cutanées des équidés et traitements non chirurgicaux ou chimiothérapiques), le Dr Ann Martens de la faculté vétérinaire de Gand (pathogénie des sarcoïdes et traitements chirurgicaux) et le Dr youssef Tamzali de l’école vétérinaire de Toulouse  (Chimiothérapie et actualités règlementaires). Cette session a permis aux praticiens présents de se mettre à jour sur tous les aspects cliniques allant du diagnostic au traitement avant de finir sur une explication de texte détaillée relative au guide des bonnes pratiques.

Pour aller plus loin et de manière encore plus professionnelle, l’AVEF s’associe à l’AFVAC pour organiser des formations visant à aider à la mise en place du système qualité institué par l'arrêté du 18 juin. Elles seront mises en place dans les tout prochains mois.

 

Share This