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Cet article présente un résumé des conclusions de l'étude sur les coliques hospitalisées en France, mise au point par les commissions médecine et chirurgie, et réalisée dans le cadre d'une thèse vétérinaire par Emma Steele, actuellement interne à l'ENVA. Le document pdf joint présente les résultats illustrés.

Nous souhaitons encore une fois remercier les cliniques qui ont accepté de participer à cette étude.

 

Les coliques sont une des pathologies les plus fréquemment rencontrées chez le cheval et une des principales causes d’hospitalisation en urgence. Ce sont une des pathologies les plus difficiles à diagnostiquer et à traiter auxquelles font face les vétérinaires équins. Etre capable de donner un pronostic aux propriétaires relève d’un véritable défi. Peu importe le traitement, le coût pour le propriétaire est considérable.

Depuis 40 ans, le traitement des coliques évolue sans cesse et les chirurgies de colique sont devenues des actes « de routine » et ce, dans le monde entier. L’intérêt de rassembler des données sur ce sujet de manière multicentrique a été soulevé, notamment pour mieux cerner l’impact de cette évolution sur le pronostic des coliques hospitalisées. C’est pour cela que nous avons réalisé cette étude, puisque celle-ci nous a permis d’apporter des données préliminaires concernant l’épidémiologie des chevaux hospitalisés pour coliques en France, notamment en ce qui concerne le nombre de chevaux atteints, la fréquence des pathologies sous jacentes, le pronostic vital à court et moyen terme en fonction du type de pathologie rencontrée et du traitement et enfin le coût et la durée d’hospitalisation en fonction du traitement. L’objectif ultime est de pouvoir comparer les données françaises à celles d’autres pays pour tendre vers les meilleurs résultats possibles en matière de coliques dans le monde hospitalier équin.

MATÉRIEL ET MÉTHODES

L’étude réalisée est une enquête épidémiologique rétrospective à visée descriptive, de cas de coliques médicales et chirurgicales chez le cheval, dans une clientèle équine française du 1er janvier au 31 décembre 2010.

Ce questionnaire a été établi par les Drs Mespoulhès-Rivière, Munoz et Picandet. Le questionnaire a été disponible sur le site de l’AVEF à partir de janvier 2011. La confidentialité des réponses a été conservée.

La plupart des cliniques équines pouvant opérer et hospitaliser les chevaux en colique ont été recensées, soit un total de 28 cliniques en France. Les cliniques ont été contactées par mail et/ou par téléphone. Au final, neuf cliniques vétérinaires ont participé à l’étude, sur la base du volontariat.

RÉSULTATS

I. ACTIVITÉ AU SEIN DE LA CLINIQUE

Parmi les cliniques ayant participé à  l’étude, il ne semble pas y avoir de prédominance dans le type de clientèle (trotteurs, galopeurs, chevaux de selle).

Le nombre de membres du personnel dans les cliniques est plutôt varié : 5 à 14 vétérinaires, 0 à 5 assistants vétérinaires et/ou techniciens mais assez constamment 2 chirurgiens par structure.

Pour ce qui est de l’admission des coliques, toutes acceptent les chevaux en colique 24 heures sur 24, dont 8 sur 9 opèrent quel que soit l’heure de la journée.

Six cliniques sur 9 considèrent que les chirurgies de colique sont une activité autosuffisante financièrement mais forte consommatrice de temps.

Dans notre étude nous avons recensé 964 cas de colique dont 633 sont des coliques médicales et 331 des coliques chirurgicales. Parmi les 964 cas de coliques, 2/3 sont des cas référés. 

II. COLIQUES MÉDICALES

Les affections du côlon sont les pathologies les plus fréquentes (34,8% déplacements et/ou distensions du côlon et 18% impactions). Les cas dont le diagnostic n’a pu être déterminé représentent quand même 13,9% malgré un examen complet du cheval. Les pathologies de l’intestin grêle représentent 11,2%.

Les ulcères gastriques ont le meilleur taux de survie (100%), les impactions de côlon suivent de près avec un taux de survie à 98,2%. Enfin, le type de pathologie avec le moins bon taux de survie (55,5%) sont les pathologies de l’intestin grêle.

La durée moyenne d’hospitalisation et le coût moyen pour un cheval ayant reçu un traitement médical est respectivement de 3,1 jours et 810 euros.

III. COLIQUES CHIRURGICALES

Les pathologies de l’intestin grêle sont la cause la plus fréquente (38,1%) à l’origine des chirurgies de cette étude. Ensuite viennent les différentes pathologies du côlon à savoir le déplacement et/ou distension du côlon (29%), la torsion de côlon (14,8%), l’impaction de côlon (8,5%).

Les chevaux ayant été opéré pour impaction et déplacement-distension du côlon ont les meilleurs taux de survie (85,7 et 87,5% respectivement). Les chevaux atteints de pathologies de l’intestin grêle ont un taux de survie de 66,7%. Les impactions d’estomac ont un taux de survie nul. 

La durée moyenne d’hospitalisation et le coût moyen pour un cheval ayant reçu un traitement chirurgical est respectivement de 10,4 jours et 4607 euros.

Parmi les chevaux s’étant réveillé de la chirurgie,  12,7 % ont eu une diarrhée et/ou endotoxémie. Le même nombre ont eu des infections de plaie. 10,8 % des chevaux opérés ont subi un iléus en postopératoire et le même pourcentage ont eu une récidive de colique. Enfin, 4,5% des chevaux ont présenté une thrombophlébite. 

IV. TECHNIQUES DIAGNOSTIQUES

100% des cliniques de l’étude utilisent l’échographie abdominale comme aide diagnostique pour les coliques. Dans cinq des neuf cliniques, la paracentèse est utilisée en routine tandis que dans 4/9 elle n’est employée que sur des cas ciblés.

V. THÉRAPIES UTILISÉES

La lidocaïne est préférentiellement utilisée en postopératoire et sur les chirurgies de grêle. D’autres procinétiques comme la néostigmine ou le métoclopramide sont également utilisés par 4 cliniques.

Huit cliniques sur 9 utilisent des agrafes pour refermer la peau. Cinq utilisent des pansements abdominaux complets. 

DISCUSSION

Les résultats obtenus dans cette étude sont similaires à ce qui a pu être décrit dans la littérature. Notre étude présente cependant l’intérêt de rassembler en un seul endroit un grand nombre d’informations.

Les cliniques ayant participé à l’étude sont plutôt diverses de par leur de taille, leur personnel, et leur clientèle. Ceci nous laisse croire que notre échantillon reste plutôt représentatif des cliniques françaises qui hospitalisent les coliques.

Le taux de survie à la sortie de l’hôpital pour les chevaux traités médicalement et chirurgicalement est respectivement de 80,8% et 70,7%. 

De façon générale, le pronostic des chevaux traités médicalement semble un peu moins bon que celui trouvé dans la littérature tandis que le pronostic chirurgical semble meilleur. Ceci est bien évidemment à moduler en fonction des pathologies sous jacentes, du nombre de chevaux euthanasiés pour raisons financières, de la rapidité à référer, de la part des chirurgies de côlon et d’intestin grêle...

Dans notre étude, que le traitement soit médical ou chirurgical, les pathologies du côlon sont les plus fréquentes et ont le meilleur pronostic (98,2 et 85,7% pour les impactions du côlon et  83,6 et 87,5% pour les déplacements-distension du côlon pour un traitement médical et chirurgical respectivement). Par contre les cas chirurgicaux de torsion du côlon ont un des pire taux de survie (51%).

Le taux de survie à court terme des pathologies de l’intestin grêle est meilleur lors d’un traitement chirurgical (66,7%) contre 55,5% lors d’un traitement médical. Le taux de survie de ces pathologies du grêle traitées médicalement est bien plus élevé que ce qui a pu être rapporté dans la littérature.

Pour ce qui est des complications postopératoires, les diarrhées-endotoxémies ont été bien plus fréquentes dans cette étude que dans la littérature alors qu’à l’inverse, les complications de plaie, les iléus et les récidives de colique ont été bien moins fréquentes.

Cependant, il a été difficile de comptabiliser toutes les complications puisque parfois les comptes-rendus n’étaient pas disponibles ou étaient incomplets. Par ailleurs des traitements ont été administrés en préventif et non en curatif (par exemple des anti-diarrhéiques, ou des prokinétiques). Enfin, certaines définitions comme celle de « complication de plaie » peuvent varier d’une étude à l’autre. Ces facteurs faussent donc partiellement les résultats.

Malheureusement, le nombre de coliques a partiellement été sous estimé dans cette étude. En effet, certains comptes rendus n’étaient pas complets, ou alors les dossiers n’étaient pas créés pour des chevaux arrivés au milieu de la nuit et en particulier les chevaux euthanasiés sur table. Il faudrait créer une base de données commune et systématique à remplir dès l’arrivée d’un cheval en colique pour faciliter ce genre d’étude.

Enfin, neuf cliniques ont répondu à cette enquête sur la trentaine de cliniques qui hospitalisent coliques médicales et chirurgicales. La plupart des vétérinaires avaient la volonté de participer à l’étude mais en structure privée, il est assez difficile de trouver le temps pour remplir le questionnaire. Il faudrait assigner une personne pour aller dans les cliniques et remplir les questionnaires, ce qui éliminerait par ailleurs les défauts de compréhension de certaines questions.

Pour conclure, j’espère que cette étude n’est que le premier pas français vers un audit international sur les coliques dans le milieu hospitalier équin… Une étude prospective permettrait également d'affiner certains résultats.