Effet des anti-inflammatoires non-stéroïdiens sur l’intestin.

Résumé réalisé par A. Vitte,

d’après J.F. Marshall et al , The effect of nonsteroidal anti-inflammatory drugs on the equine intestine

Equine veterinary Journal (2011) 43 (Suppl. 39) 140-144

Effet des anti-inflammatoires non-stéroïdien sur l’intestin.

Les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS) sont un traitement largement utilisé en cas de douleur ou d’endotoxémie chez le cheval en colique. Cependant leur utilisation n’est pas sans effets secondaires connus (colite du colon dorsal droit, inhibition de la cicatrisation de la muqueuse…).

Les prostaglandines endogènes sont nécessaires pour la restauration de l’intégrité de la muqueuse intestinale et aussi pour les processus de fermentation et de production d’acide gras volatils. Les cyclo-oxygénases sont des enzymes permettant l’activation de ces prostaglandines. La cyclo-oxygénase 1 (cox-1) est exprimée constitutivement dans la majorité des tissus et présente une réponse retardée en cas d’inflammation. Quant à la cyclo-oxygénase 2 (cox-2), celle-çi se retrouve en faible quantité dans les tissus sains mais présente une expression rapidement augmentée en cas d’inflammation.

La cicatrisation de la muqueuse intestinale s’effectue selon 3 processus:

-         la contraction des villosités, qui requiert l’intervention du système nerveux puis des prostaglandines;

-         l’épithélialisation, indépendante des prostaglandines;

-         la fermeture des espaces para-cellulaires mettant en action des protéines de jonctions (tight junction), sous contrôle des prostaglandines endogènes.

Différentes études concernant la pathophysiologie des AINS sur le petit et le gros intestin ont été réalisées dans le but d’identifier des traitements alternatifs.

Intestin grêle : dans cette portion intestinale, les lésions ischémiques engendrent une infiltration neutrophilique provoquant une ouverture des espaces para-cellulaires et une décharge de protéases. Une augmentation de cette infiltration au sein du jéjunum par la flunixine méglumine a été mise en évidence (Cook et al. 2009). Le méloxicam (AINS anti-cox2 sélectif ayant un ratio de selectivité de 3,8) présente le même effet ; par contre cette molécule n’inhibe pas la restauration de la fonction de barrière de la muqueuse comme le montre les mesures de la résistance électrique transépithéliale  (RET) (Little et al. 2007). L’effet du firocoxib (AINS anti-cox2 très sélectif ayant comme ratio 265) sur l’infiltration neutrophilique reste inconnue. Quant à la lidocaïne associée à la flunixine méglumine, elle inhiberait l’infiltration neutrophilique même si les études in vitro  de cette molécule ne le confirment pas (Cook et al 2009).

Côlon : la flunixine méglumine diminue la sécrétion d’ions Chlorure (Cl) du colon ventral droit sain (Freeman et al 1997) alors que cette dernière stimule la restauration de la fonction de la muqueuse (Blikslager et al 1999). Des études réalisées sur la courbure pelvienne montrent cependant que la flunixine méglumine n’a pas d’effet sur la restauration de la fonction mucosale (Matyjaszek et al, 2009). La RET de la muqueuse du colon après ischémie-reperfusion est significativement plus faible que celle d’un colon sain. Cette donnée suggère une différence physiologique entre la réponse de l’épithélium du jéjunum et celle du côlon en cas de lésion. La phénylbutazone diminue la production d’acide gras volatils et l’afflux sanguin à la muqueuse du colon, pouvant provoquer des colites du colon dorsal droit (Mc Connico et al, 2008).

Enfin,  les AINS ont aussi un effet inhibiteur sur la motilité intestinale (Van Hoogmoed et al, 1999, 200, 2002)

 

En conclusion, la flunixime méglumine a donc été identifiée comme inhibant la cicatrisation de la muqueuse et provoquant une augmentation de l’infiltration neutrophilique et de la perméabilité aux lipopolysaccharides de l’intestin grêle, mais ces effets ne sont pas retrouvés au sein du côlon.

Les AINS anti cox-2 sélectifs seraient une alternative intéressante pour le traitement des ischémies de l’intestin grêle, bien que la flunixine reste le traitement classiquement reconnu en cas de risques endotoxémiques. Ces résultats peuvent à l’avenir potentiellement servir à moduler l’emploi des différents AINS  en post-opératoire.