Fiche technique : Phobie des transports

 

DEFINITION
On peut définir l'état phobique comme un état réactionnel caractérisé par la production de réponse comportementale de type "peur", consécutivement à l'exposition à un stimulus identifié, appelé stimulus phobogène.
Certains chevaux peuvent présenter ce type de comportement anormal à l’occasion de transports : On parle alors de phobie des transports.
 
NOSOGRAPHIE
On distingue plusieurs stades de phobies :
          -La phobie réactionnelle ou de stade 1, lorsque l'on est dans un schéma simple de stimulus-réponse.
          -La phobie complexe ou de stade 2, lorsqu'un mécanisme d'anticipation émotionnelle est observé. La production de la réponse se fait alors dès l'exposition de l'individu à des stimulus "précurseurs" apparaissant chronologiquement avant le stimulus phobogène mais distinct de celui-ci.
 
SIGNES CLINIQUES
Les troubles comportementaux chez le cheval trouvent leur place dans une approche globale de la médecine équine et un examen clinique complet, notamment un examen ophtalmologique est un préalable indispensable.
            Les signes cliniques observés lors de phobie des transports, sont tout d'abord des réactions comportementales de type évitement, c'est-à-dire fuite ou charge ainsi que les nuisances occasionnées par l'exposition au stimulus phobogène (destructions, dangerosité à la manipulation). Elles constituent le motif de consultation.   Des signes neurovégétatifs accompagnent ces productions comportementales : Défécation, tachycardie, sudation, tremblements.
 
ETIOLOGIE
La liste des causes possibles peut faire intervenir la mémorisation d'évènements type accidents ou traumatismes survenus au préalable. On parlera alors de phobies post-traumatiques.
Cependant, les animaux ayant subi un trouble du développement sont, plus que les autres, susceptibles de développer une réponse comportementale de type peur à une variation de leur environnement. On parle donc de phobie ontogénique. Cette prédisposition est sans doute accentuée par les conditions de vie du cheval de sport (Isolement de l'animal vis-à-vis de ses congénères responsable de privation tant sur le plan sensoriel que sur le plan social, évènements stressants tels que le débourrage,…)
 
DIAGNOSTIC
Pour que le diagnostic de phobie des transports puisse être porté, les points suivants doivent être présents :
-       Réponse systématique d'intensité forte et constante.
-       Stimulus phobique parfaitement identifié
-       Production de réactions comportementales violentes de type évitement
-       Présence de signes neuro-végétatifs
 
THERAPEUTIQUE
La distribution d'aliment et l'ensemble des "petits soins" accordés au cheval participent à l'amélioration des conditions de transport ; L'ensemble de ces mesures n'a qu'un rôle palliatif. Il faut retenir l'importance du maintien des rituels de l'animal lors du transport. Ces rituels sont des stabilisateurs émotionnels. Le groom habituel du cheval est sans doute l'élément le plus apaisant. Sa présence au côté du cheval, quand elle est possible, réduit le stress de l'animal. L'usage de la force directement ou par le biais de stratagèmes plus ou moins élaborés, doit être proscrit car il augmente l'intensité de la peur.
 
La thérapie comportementale fait appel à différentes techniques utilisées successivement ou conjointement :
-       Immersion : L'exposition au stimulus phobogène se fait de façon prolongée sans aucune possibilité d'échappement. Le résultat est le plus souvent négatif.
-       Apprentissage vicariant : Le cheval est un animal social et la présence répétée d'un "congénère modèle" permet un apprentissage par imitation.
-        Habituation : On recherche la disparition de la réponse motrice en exposant de façon répétée et prolongée l'individu au stimulus phobogène sans que ce dernier ne devienne aversif.
-       Désensibilisation : C'est une technique d'habituation avec un gradient croissant d'intensité du stimulus.
-       Contre-conditionnement : Cette technique vise à associer temporellement au stimulus phobogène, un stimulus produisant habituellement une réponse émotionnellement incompatible avec la réaction d'évitement et de peur.
 
L'utilisation des psychotropes chez le cheval est limitée car elle présente des inconvénients majeurs :
-       Contrôle antidopage positif;
-       Sécurité du cavalier mise en jeu du fait des troubles de l'équilibre induits;
-       Coût souvent prohibitif;
-       Mise en jeu de la responsabilité civile du vétérinaire en cas d'accident surtout avec l'utilisation de médicaments hors de leur A.M.M.
 
Un traitement biologique particulier basé sur l'utilisation de phéromones de synthèse de la catégorie des "apaisines", appelées chez le cheval "Equine Appeasing Pheromon" ou E.A.P., permet d'appréhender les troubles du comportement chez le cheval, notamment dans le cadre de la phobie des transports.
            Les phéromones sont des messagers chimiques volatils émis par de nombreuses glandes et sécrétions organiques. L'organe récepteur de ces phéromones est l'organe voméronasal qui s'ouvre dans les cavités nasales, occasionnant le flehmen. Les phéromones ainsi captées sont liées à des protéines porteuses contenues dans le mucus de l'organe voméronasal et atteignent ensuite des récepteurs spécifiques. Grâce au nerf voméronasal, l'information remonte jusqu'au bulbe olfactif accessoire.
            L'utilisation des propriétés de l'E.A.P. permet d’assurer biologiquement un certain état d'apaisement chez l'animal facilite l'application des techniques de thérapie comportementale par désensibilisation et contre conditionnement notamment. L'état de conscience de l'animal étant conservé, ses facultés d'apprentissage sont donc maintenues.

Vincent Boureau

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