Plusieurs sujets autour de l’analgésie et de l’anesthésie ont été abordés lors de la session table ronde qui a inaugurée le début des journées annuelles de l’AVEF à bordeaux :


-         Comparaison de l’utilisation et des effets du butorphanol et de la morphine

Le butorphanol est intéressant pour son effet sédatif potentialisateur de l’effet des alpha-2 agonistes. Les doses employées pour cette indication sont des doses faibles (0,02-0,04 mg/kg IV). Pour son indication en tant qu’analgésique, et en particulier pour l’analgésie viscérale, une dose plus importante peut s’avérer nécessaire (jusqu’à 0,1 mg/kg IV). La morphine (0,1-0,2 mg/kg) paraît supérieure dans la gestion de la douleur d’origine somatique.

 

Comparaison des protocoles d’induction et des particularités de l’induction sur le terrain par rapport à un environnement protégé comme un box d’induction :

 

A la suite d’une prémédication avec un alpha-2 agoniste, la combinaison diazépam-kétamine pour l’induction de l’anesthésie générale présente l’avantage d’apporter une induction relativement rapide (coucher dans la minute suivant la fin de l’injection) et douce (coucher progressif). L’induction avec l’association GGE-kétamine est plus longue (le temps que le GGE soit perfusé) ce qui peut être parfois plus difficile à gérer sur le terrain lorsque le cheval n’est pas dans un environnement confiné (déambulation difficile à contrôler en raison de l’ataxie). Par contre, la myorésolution est excellente et perdure pendant environ 30 min avec la seule dose de GGE administrée pour l’induction. De plus, l’utilisation du GGE permet de diminuer la dose d’alpha-2 agoniste de 25 à 50 % et celle de la kétamine d’environ 25%.

L’induction de l’anesthésie dans un box de réveil par rapport à la situation de terrain (dans un champ) présente l’avantage de minimiser les stimulations extérieures pendant la sédation et le couchage (bruits, autres animaux, mouches...) ce qui assure un couchage plus calme et un effet plus constant des molécules utilisées. La sécurité du couchage pour le cheval et le ou les opérateurs est aussi meilleure.

-         Que faire lorsqu’un cheval est difficile à « sédater » ?

Si un cheval est perçu d’entrée de jeu comme potentiellement réfractaire à la sédation, un minimum de stimulation doit être entrepris et une sédation précoce est préconisée. Ensuite, il est important d’attendre le moment de l’effet pic de la sédation avant de recommencer les manipulations du cheval. L’ajout d’un bolus de butorphanol évite aussi que le cheval ne lutte trop contre la sédation. L’administration d’acépromazine per os par le propriétaire avant l’arrivée du vétérinaire est à envisager. Enfin en cas de chevaux présentant une intolérance aux injections intraveineuses, une injection IM d’un alpha-2 agoniste est à considérer ou encore l’administration du Domosédan en gel oral.

-         L’analgésie péridurale longue-durée passe le plus souvent par la pose d’un cathéter péridural et l’administration de morphine (0,1-0,2 mg/kg dans 10-30 ml de NaCl 0,9%) aux 12 heures. L’ajout d’un alpha-2 agoniste permet de potentialiser l’effet de la morphine (xylazine 50-100 mg/500kg, détomidine 5-10 mg/500 kg) mais s’accompagne parfois d’une sédation indésirable. La pose du cathéter péridural est facilement réaliser avec un peu de pratique. La principale différence par rapport à l’injection simple est l’inclinaison de l’aiguille de Tuohy (aiguille avec mandrin et pointe arrondie) par rapport au plan de la peau. Pour une injection l’aiguille est souvent plantée perpendiculairement par rapport à la surface cutanée (espace sacrocoaudal ou entre les 2 premières vertèbres caudales) alors que pour la pose du cathéter, une angulation moindre par rapport à la peau (~ 45° caudalement par rapport à la perpendiculaire) facilite l’introduction du cathéter dans l’espace. 

-         Quelques options disponibles pour traiter la douleur chronique comme le cas de la fourbure :

La douleur de la fourbure est évolutive dans le temps et a tendance à se présenter comme une douleur chronique faible à moyenne sur laquelle se greffent des accès aigus de douleur plus marquée. Les AINS qui présentent un effet central (passant la barrière hémato-méningée) paraissent intéressants dans ce cas car la douleur chronique présente une composante centrale (hypersensibilsation centrale = au niveau de la mœlle épinière) importante. Pour gérer les phases aiguës, la mise en place de  cathéters pour anesthésie tronculaire prolongée et l’utilisation du fentanyl en patch sont à considérer.

-         Mort subite à l’inducion

La détermination de l’origine de la mort subite à l’induction est difficile à objectiver car peu de monitoring est en règle générale déjà mis en place à ce moment-là. Un collapsus cardiovasculaire sans que l’on puisse connaître la cause exacte (arythmie, hypotension...) est le plus souvent suspecté. L’autopsie n’est pas toujours une option et ne met pas toujours en évidence d’anomalie causale. Un parallèle avec la mort subite à l’exercice a été fait.

-         Choix et réalisation du monitoring de l’anesthésie de terrain

Le choix du monitoring cardiovasculaire et respiratoire pendant l’anesthésie de terrain est une question difficile dans la mesure ou les moyens sur le terrain sont limités (electricité, personnel) et que les moniteurs portables sont essentiellement des moniteurs périphériques qui ne marchent pas de façon fiable (oxymétrie de pouls, mesure non invasive de la pression artérielle) lors de l’utilisation d’un protocole d’anesthésie IV à base d’alpha-2 agoniste et de kétamine en raison de la présence d’une importante vasoconstrition périphérique. Le monitoring clinique se base plus sur les signes de réveil de l’anesthésie (augmentation de la FR, irrégularité des mouvements respiratoires, tension musculaire) que les signes de profondeur, l’œil restant très actif avec la kétamine et la myrelaxation dépendant des autres molécules utilisées (benzodiazépines, GGE).

     

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